Pas de projet, pas de relation! Du droit d’être intéressé

J’ai pris conscience que, dans mes relations,  j’ai besoin de fonctionner en « mode projet ». Il faut que chaque rencontre ait un but.  Aller boire un verre juste pour boire un verre m’intéressera rarement.  Il faudra une raison « supérieure » : la perspective d’apprendre quelque chose,  d’échanger des idées sur un sujet qui m’intéresse sur le moment, être inspiré par l’autre ou encore trouver du soutien.

 

On a trouvé cette attitude étrange mais à mon sens, toutes les relations sont motivées par l’intérêt qu’on y trouve, la perspective de satisfaire un besoin ou d’atteindre un objectif qu’on ne pourrait réaliser sans l’autre. Un projet commun se forme alors.

A partir de là, ce qui fait tenir la relation, ce sont les projets communs. A l’inverse, l’absence de projets entraîne un enlisement dans une routine et la mort plus ou moins lente de la relation. 

Pourquoi se met-on en relation ?

Tout d’abord, qu’est-ce qu’on entend par « relation »? La relation, c’est la mise en rapport de deux personnes, permettant l’échange. Le terme « relation » est à prendre au sens large ; la relation peut être amoureuse, amicale, professionnelle, ou être une collaboration de circonstance. 

Alors, qu’est-ce qui pousse deux personnes à se mettre et surtout à rester en relation ?

 

On agit toujours par intérêt

L’intérêt. Ce mot est connoté péjorativement à tort. Cette posture n’est pas facile à assumer. Un bon moyen de passer pour un monstre est d’admettre qu’on agit par intérêt. Il est mieux vu de masquer cet aspect et de mettre en avant son amour pour l’autre.

On est facilement qualifié de calculateur ou d’indifférent, quand pour moi il s’agit uniquement de faire preuve de lucidité : en tout et toujours, on agit car on y trouve son intérêt.

 

Petite parenthèse : même les situations douloureuses qu’on subit sont des choix. Parce qu’on y trouve un bénéfice caché. Thème passionnant,  une fois qu’on a compris cela,  on prend conscience qu’on est totalement responsable de ce qu’on vit et on se sent plus libre. Fin de la parenthèse.  

 

Voyez vous-même, lorsqu’on perd de l’intérêt pour une activité, on cesse l’investissement. Il n’y a pas de raison de penser que le domaine des relations échappe à cette règle. 

 

On donne pour recevoir

Certains affirmeront qu’ils sont venus en aide sans rien attendre en retour et je ne remets pas la sincérité en question.

Même dans le cas du bénévolat, affirmer qu’on donne de soi sans rien attendre en retour est faux car au final,  on reçoit toujours – le plus souvent de la reconnaissance.

Donner peut être valorisant aussi ; on peut agir pour Dieu ou pour défendre les valeurs auxquelles on croit (la justice, la solidarité ou la compassion, etc.).

Celui qui ne donne jamais de son temps aux plus fragiles n’est pas moins « bon » pour autant, c’est juste celui qui n’y trouve pas d’intérêt.

 

On nourrit toujours des attentes

Et, toujours, nous nourrissons des attentes. Non ? Repensez à une relation à laquelle vous avez mis fin. Pour quelle raison cela s’est fini ? Serait-ce parce que la relation ne vous nourrissait plus ? Que vous ne trouviez pas ce que vous cherchez, que l’autre n’a pas agi comme vous pensiez qu’il devait agir : « un vrai ami ne ferait pas ça » dit-on.  

Les relations devant servir nos intérêts, il devient alors important de de bien s’entourer de ceux, qui par leur attitude positive, nous poussent à nous améliorer.  Et d’éviter les personnes négatives.  

 

Le cas des relations toxiques

La démarche d’établir et de maintenir un lien peut être soit consciente, soit non consciente.

  • La démarche consciente peut faire paraitre cynique et calculateur.
  • Mais la démarche non consciente est risquée. Il est nécessaire de savoir pourquoi on apprécie quelqu’un, pourquoi (pour quoi) on fréquente quelqu’un sur la durée. Sans quoi, on s’expose à un risque.

Dans cette démarche non consciente, au lieu de valoriser le projet commun, on valorisera le temps passé et investi dans la relation. On valorisera par exemple le fait de faire partie de la même famille ou du même groupe. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi ; il y a simplement le risque de rester englué dans une relation toxique au nom de ce type de lien.

Les relations très conflictuelles sont d’ailleurs le plus souvent dues à une absence de projet commun. Quand on n’a pas conscience du pourquoi de la relation et qu’on avance sans projet, on ne comprend pas pourquoi on s’ennuie, donc pourquoi on se dispute, pourquoi on se maltraite, pourquoi on se néglige l’un l’autre. “Quand l’esprit ne peut créer il détruit” dit-on.

Le conflit provoque des émotions fortes ; si on se sent en vie alors peut-être que la relation n’est pas morte non plus? 

 Cela dit,  ce n’est pas parce qu’il y a conflit que la relation est toxique. Les projets n’empêchent en rien les conflits. Au contraire, bien souvent quand il y a projet, il y a friction car chacun doit s’ajuster.

 

 

Fonctionner en mode projet,  un truc d’introvertis ?

Ce type de raisonnement s’observe chez pas mal d’introvertis. Parler ne peut pas être une raison suffisante pour se réunir.  Les introvertis n’aiment pas les conversations stériles contrairement aux extravertis qui maîtrisent l’art du badinage. 

Les introvertis sont aussi tournés vers leurs pensées et comme écrivait Blaise Pascal, on ne pense presque jamais au présent. Nos pensées concernent toujours le passé ou l’avenir. C’est parce qu’ils se focalisent sur l’avenir que les introvertis fomentent des projets. Évidemment, faire des projets n’est pas un truc d’introvertis. Simplement, Les extravertis, quant à eux, savent mieux que les introvertis savourer le moment présent. C’est pour cette raison que la seule idée de boire un verre en bonne compagnie les ravira, sans besoin de chercher plus loin. 

Ce rapport au temps, l’importance qu’on donne au futur sur le moment présent influence son rapport à l’autre et explique en partie les malentendus entre personnes extraverties et introverties.

 

 

Pas de projet, pas de relation !

L’Homme est pragmatique tout comme la Nature, seul ce qui est jugé utile est conservé.

Lorsque le projet motivant la relation est soit réalisé, soit ne motive plus l’une des parties, c’est la mort de la relation. Il faut alors trouver un autre projet pour relancer la machine.

De ce fait, la viabilité d’une relation ne dépend ni de l’estime, ni de l’amour qu’on porte à l’autre. 

Combien de fois a-t-on pu ressentir une relation comme un poids et n’avoir plus eu envie de s’investir ? Ce sentiment désagréable, ce constat qu’on fait tristement est indépendant des sentiments.

 

La plupart des liens ne dureront qu’un temps. Ils peuvent se défaire à la fin du « Projet », on peut s’éloigner de l’autre. Et ce n’est pas grave. Il faut accepter que les relations soient mouvantes. Au final, c’est vivant tout ça ! D’autres personnes seront amenées à croiser notre chemin et réaliser d’autres projets.

 

Les questions à se poser maintenant :

  • Qu’est-ce que j’apporte à l’autre ? Comment lui apporter plus de valeur encore ?
  • Qu’est-ce que j’attends de l’autre ?
  • Qui laisser partir ?

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3 Replies to “Pas de projet, pas de relation! Du droit d’être intéressé”

  1. Super intéressant vraiment, une parfaite analyse, du coup je me demandais est ce quil existe une solution ou bien lorsque la relation arrive au point-mort elle ne peut retrouver de projet commun? Proust disait: Il est vraiment rare qu’on se quitte bien, car si on était bien, on ne se quitterait pas. Je suis du même avis.

  2. Oui il suffit d’un projet pour que la relation re-démarre. Encore faut-il le vouloir.
    Proust parlait d’amour, des relations où t’es engagé avec tes tripes. Plus on a des attentes et plus les ruptures sont violentes. On ne se quitte “bien” que quand on s’en fout.

  3. Je dirais plus jamais que je suis cynique ^^

    Blague à part , y a des trucs vraiment intéressants.
    Je relève cependant qu’il y a des introvertis qui aiment le badinage ( ex : moi ) mais il faut être en situatuon de confiance.
    Néanmoins, l’idée du projet, j’ai du mal. C’est en phase avec le monde moderne et je pense même que c’est comme ça que pas mal de personnes fonctionnent , mais je pense au contraire que pour pas mal de couples, et pour la plupart de ceux qui reussisent, ce qui fonctionne au contraire , c’est l’absence de projet. Parce qu’un projet a pour essence une deadline. Tu peux remettre la même équipe sur un autre projet, mais il y aura du changement. Je pense qu’au contraire , ceux qui durent , ce ne sont pas ceux qui essaient de construire mais ceux qui essaien’y de voir.
    Une relation, c’est un mélange d’alchimie et de circonstances. Ce qui change en général dans un couple , c’est l’un des paramètres, et souvent le deuxième. Et il ronge le reste. C’est ce qui est dangereux. Et c’est ce qui est agrave dans le fait de lâcher prise

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