Comment l’école tue la créativité des enfants

Il n’y a pas plus créatif qu’un enfant!


Et par créativité, j’entends ici sens artistique et inventivité.

Professeur des écoles en maternelle, je peux observer quotidiennement ceux que j’appelle affectueusement “mes petits monstres”. Je suis en totale admiration face à leur enthousiasme naturel, leur curiosité et leur spontanéité.
En classe, je les vois construire des châteaux avec des legos, imaginer des scénarios à partir d’un dessin, à partir de rien!
Ils adorent gribouiller dessiner, déchiqueter travailler la matière, chanter, danser, se mettre en scène. En vrais petits artistes, ils osent être eux même!
Comment expliquer qu’une fois adulte, la plupart se trouve horrifié à l’idée de faire toutes ces choses en public? Pourquoi on ne dessine plus? Pourquoi ne chante-t-on que sous la douche?

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La créativité décroit avec les années


George Land s’est penché sur la question dans les années 1960. En s’appuyant sur les tests élaborés pour la Nasa, il a suivi un panel de 1600 enfants de leurs années en maternelle à l’âge adulte.
On a demandé à ces enfants d’imaginer les utilisations possibles d’objets communs tels qu’un trombone, une cuillère ou une chaise. Là où un adulte trouve entre 10 et 15 utilisations par objet, un enfant de 5 ans en trouvera en moyenne 200!
D’après cette étude, 98% des petits en maternelle peuvent être considérés comme des “génies créatifs”. Cette qualité, très forte alors, décroit malheureusement avec les années chez ces mêmes enfants.

 

Age des participants
% de génies créatifs
3/5 ans
98%
vers 10 ans
30%
vers 15 ans
12%
adulte
2%


Comment l’école d’aujourd’hui tue la créativité

Tout le monde peut être créatif à condition d’être dans un environnement favorable à l’éclosion de cette créativité.
Et malheureusement, l’école, telle que nous la connaissons, n’offre pas ce cadre nécessaire.

 

Ce lieu où l’on se fiche du développement personnel et du bien-être de l’enfant

 


Etre créatif et créateur demande de porter son attention sur le moment présent et donc d’être bien ancré dans son corps. Si la création passe par la sensorialité, il en est de même pour l’apprentissage chez l’enfant. Petit, il appréhende le monde à travers ses sens, prend conscience des limites de son corps.


En théorie, dans les programmes de maternelle, on tient compte de cela, mais dans les faits, c’est une autre histoire. Et une fois en élémentaire, qui se soucie de l’enfant derrière l’élève? On peut lire sur le site education.gouv.fr que l’un des buts de l’école est de permettre aux enfants “d’affirmer et d’épanouir leur personnalité”. Vraiment?
Une journée dans une classe suffit pour constater qu’on ne respecte absolument pas le rythme de l’enfant. Passer des journées entières entre quatre murs, devoir rester assis, se taire, ne parler que si on nous donne la parole, obéir à cette figure d’autorité qu’est le professeur (qui dicte le contenu des activités et la manière dont elles doivent être effectuées). Une envie d’aller aux toilettes? Attends la pause. Pourquoi? Pour le simple confort du professeur qui craint de se laisser déborder.
Au final, dès notre plus jeune âge, on ne s’appartient plus. On perd contact avec soi-même, son corps et son son ressenti. Au nom du cadre, des limites qu’il faut soit-disant donner aux enfants. Au nom de la nécessité de “devenir élève”.


Un savoir encyclopédique à mille lieues des intérêts des enfants 


Cultiver sa créativité, c’est être curieux et explorer ses intérêts particuliers. On affirme alors son individualité, sa personnalité unique.


Chose difficile à l’école lorsqu’on fait partie du groupe-classe. Et c’est bien normal. Ajoutons à cela, des programmes denses impossibles à boucler, des matières abstraites souvent à mille lieues des intérêts des enfants. “Développer et affirmer” la personnalité de l’enfant disiez-vous?
L’école est cet endroit où l’on gave nos enfants de savoirs encyclopédiques pour ensuite les évaluer et les mettre dans des cases.
La réussite scolaire récompensera ceux qui auront su se conformer à la norme. Les autres, ceux qui n’entreront pas dans le cadre, seront considérés comme en “échec scolaire”, en échec tout court.
Pour tous, le temps passé à emmagasiner des connaissances qui ne les intéressent pas est autant de temps qu’ils n’ont pas eu pour suivre leurs intérêts particuliers.  Après avoir passé 13 ans et plus dans un tel système, démuni à la sortie de l’école ou dans une voie qui ne nous convient pas, il bien difficile de savoir encore ce qu’on aime, ce qui nous anime.
Faites cet autre test et demandez simplement à un adulte quelles sont ses passions. Il y a de fortes chances qu’il ne sache que répondre et qu’il y ait soudain un gros malaise.  Pourquoi? Parce que formaté par notre éducation (les parents, l’école, l’environnement), on a perdu ce contact avec nous-même et évidemment, on ne sait plus. La reconquête de sa créativité est alors un travail de longue haleine.
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La pédagogie de la bonne réponse


Prise dans le sens “d’inventivité”, la créativité consiste à envisager de multiples solutions originales à un problème donné. Pour ce faire, il est nécessaire d’accueillir puis d’exprimer ses idées, sans jugement.


Or, l’école se fonde sur le jugement, l’évaluation et la compétition entre les élèves. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les systèmes de notation qu’on utilise dès la maternelle. Il y a les bonnes et les mauvaises réponses. Et lorsque l’enseignant pose une question, il s’attend à une réponse précise.
Les conséquences sont désastreuses. Dans le cadre d’une enquête PISA (étude visant à mesurer la performance des élèves d’une trentaine de pays à travers le monde) effectuée il y a dix ans, on a constaté que la proportion de non-réponse aux question était la plus élevée chez nos élèves français. Pourquoi? Les résultats révèlent que le système de notation français repose essentiellement sur la sanction des lacunes (en retirant des points pour chaque mauvaise réponse) et que cela avait pour effet d’inhiber les élèves qui développent alors une peur de se tromper et n’osent plus prendre de risques.
 On le constate d’ailleurs sur le terrain. Combien d’enfants n’osent plus prendre la parole de peur de se tromper? Quand en maternelle, la majorité de la classe participe pour apporter ses réponses, on se retrouve au lycée avec une poignée d’élèves qui lèvent la main.

Quelles solutions?


Je ne parle que de l’école publique, la seule que je connaisse. D’autres pédagogies, dites alternatives, proposent d’autres visions de l’éducation. Citons les écoles Montessori, Freinet, Summerhill, Steiner qui proposent d’autres visions de l’éducation (rejet du système de notation et d’examens, un rythme plus adapté à celui des enfants, un accent mis sur les activités artistiques…).

Des solutions peut-être, mais coûteuses dans la plupart des cas.
Dernière option, ma préférée, l’unschooling ou décider de sortir son enfant du système scolaire…

J’aimerais connaitre votre avis, quel est votre regard sur l’école aujourd’hui? Quelle école pour demain?

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